Vous montez à bord d’un ferry pour filer vers la Corse ou vous installez sur le pont supérieur d’une croisière en Méditerranée. Le commandant passe à la sono : « Accostage tribord dans vingt minutes. » Et vous, vous vous demandez deux secondes de quel côté il faut regarder. C’est exactement là que tribord et bâbord deviennent utiles. Deux mots tout simples qui vous évitent de tourner la tête dans tous les sens et qui font partie du langage de la mer depuis des siècles.
En fait, la règle est ultra claire. Quand vous êtes face à l’avant du bateau, vers la proue, le côté droit s’appelle le tribord. Le côté gauche, c’est le bâbord. Et ça ne change jamais, même si vous faites demi-tour ou que vous montez sur le pont supérieur. Contrairement à « gauche » et « droite » qui bougent selon où vous vous tenez, ces deux termes restent fixes. C’est leur plus grand avantage sur un grand navire.
Pourquoi on ne dit pas juste « droite » et « gauche » à bord ?
Sur un ferry ou un paquebot de croisière, il y a des centaines de personnes. Les annonces doivent être comprises par tout le monde, du pont inférieur aux cabines avec balcon. Si le commandant disait « regardez à droite », chacun aurait sa propre droite. Avec tribord et bâbord, tout le monde regarde dans la même direction : vers l’avant du bateau. Le point c’est que ça évite les quiproquos, surtout la nuit, par mauvais temps ou quand on croise un autre navire.
L’astuce toute bête pour retenir tribord et bâbord sans se prendre la tête
Bon, on va être honnête, au début on hésite. Voici deux moyens mnémotechniques qui marchent vraiment :
Pensez au mot « bateau ». La première lettre « b » se trouve à gauche sur la page, comme le bâbord. La dernière lettre « t » se trouve à droite, exactement comme le tribord.
Ou alors le mot « batterie ». « Ba » au début pour le bâbord à gauche, « tri » à la fin pour le tribord à droite.
Et les couleurs aident énormément : bâbord rouge, tribord vert. Rouge à gauche, vert à droite. Une fois que vous avez vu les feux de navigation la nuit, ça reste gravé.
D’où viennent ces mots un peu mystérieux ?
Ces termes ne sont pas nés dans un bureau. Ils viennent des premiers grands navigateurs du Nord, les Vikings et les marins scandinaves. À l’époque, les bateaux se dirigeaient avec une grosse rame de gouvernail fixée sur le côté droit – le plus pratique pour un barreur droitier. Ce côté s’appelait le « stjórnborði », le bord du gouvernail. Ça a donné notre « tribord ».
L’autre côté, dans le dos du timonier, c’était le « bakborði », le bord du dos. D’où « bâbord ». Et comme on protégeait cette rame précieuse, on accostait et on chargeait plutôt du côté gauche. C’est d’ailleurs pour ça que l’anglais a gardé « port » pour le côté gauche : le côté où l’on accostait au port.
Aujourd’hui encore, sur les ferries modernes qui traversent la Manche ou les beaux navires de croisière, ces noms perdurent. Une petite trace vivante d’une très vieille tradition maritime.
Feux et bouées : pourquoi les couleurs de tribord et bâbord comptent vraiment
La nuit, tout change à bord. Les navires portent un feu rouge fixe à bâbord et un feu vert fixe à tribord. Quand vous croisez un autre bateau, vous savez immédiatement de quel côté il arrive et s’il y a un risque. C’est la règle internationale, valable partout dans le monde.
Pour les bouées qui balisent les chenaux en Europe (système IALA zone A), c’est pareil. Les bouées rouges, de forme cylindrique, marquent le côté bâbord du passage. Les bouées vertes, coniques, marquent le côté tribord. Quand votre ferry ou votre bateau de croisière rentre dans un port, vous gardez les rouges à gauche et les vertes à droite. Simple et efficace.
Même en simple passager, voir ces lumières ou ces balises depuis le pont, c’est déjà plus intéressant. On comprend un peu mieux ce que fait l’équipage.
Tribord et bâbord au quotidien sur un ferry ou une croisière
Concrètement, ces deux mots reviennent tout le temps dans la vie à bord. Le commandant annonce : « Nous allons nous amarrer côté tribord dans le port de Bastia » ou « Nous longeons la côte à tribord ». Du coup vous savez exactement de quel côté admirer l’arrivée ou préparer vos affaires.
Pendant la navigation, on entend souvent « Des dauphins à tribord ! » ou « Le coucher de soleil est magnifique tribord ce soir ». Tout le monde se dirige du bon côté sans se poser de questions.
Lors des briefings de sécurité, on précise que les canots de sauvetage sont répartis des deux côtés, bâbord et tribord. Et quand vous réservez une cabine avec vue mer, parfois on vous propose « vue tribord » ou « vue bâbord » selon l’orientation du soleil le matin ou le soir.
Franchement, une fois qu’on a pigé le truc, c’est plutôt agréable. On se sent un peu plus dans le coup, on comprend le langage de l’équipage et on profite mieux du voyage. Ce n’est plus juste un trajet, c’est une vraie expérience maritime.
La prochaine fois que vous embarquez pour une traversée en ferry ou une belle croisière, vous saurez exactement de quel côté regarder quand on parle de tribord ou de bâbord. Et ça change vraiment la façon dont on vit le voyage en mer.