Bon, vous êtes en croisière fluviale à Paris ou vous prévoyez un petit ferry le long des quais ? Alors écoutez ça. Il existe un endroit tout près du centre qui n’apparaît sur aucune carte classique des touristes pressés. Un passage de l’ancre qui ressemble à rien d’autre : une ruelle étroite, pleine de plantes, de couleurs et de silence, comme si on avait greffé un bout de campagne au milieu du Marais.
On y accède en poussant une porte cochère bleue un peu bizarre au 223 rue Saint-Martin. Et d’un coup, tout change. Fini le bruit de la ville. On entre dans un monde à part, long d’à peine cinquante mètres, large de deux mètres et demi à peine. Les façades sont peintes de tons vifs, les fenêtres débordent de géraniums et de lierres, les pavés sont usés par le temps. C’est calme, presque intime. Le genre d’endroit où on a envie de ralentir, de respirer, après une matinée passée sur l’eau à regarder défiler les ponts et les monuments.
Comment rejoindre le passage de l’ancre depuis les quais ou un arrêt Batobus
Si vous êtes en croisière sur la Seine ou que vous utilisez les navettes fluviales type Batobus, vous êtes déjà presque arrivés. Les arrêts les plus pratiques restent Châtelet, Hôtel de Ville ou même le port de l’Arsenal un peu plus à l’est. De là, comptez dix à quinze minutes de marche tranquille vers le nord, en direction du Marais.
Vous pouvez aussi descendre à la station de métro Réaumur-Sébastopol (lignes 3 et 4), c’est encore plus direct. L’entrée principale se trouve au 223 rue Saint-Martin, juste à côté du Musée des Arts et Métiers. L’autre bout donne sur la rue de Turbigo. La porte bleue avec ses lignes inclinées est impossible à rater une fois qu’on sait où regarder. Poussez-la sans hésiter, c’est une voie privée mais elle reste ouverte au public pendant la journée.
L’ambiance particulière du passage de l’ancre une fois la porte franchie
Ce qui frappe d’abord, c’est la végétation. Partout. Des pots alignés le long des murs, des plantes grimpantes qui montent jusqu’aux étages, des fleurs qui débordent des balcons. Au printemps et en été, c’est carrément un petit festival de couleurs. Les façades des anciens ateliers d’artistes ont été repeintes dans des tons joyeux. Aujourd’hui ce sont surtout des bureaux et quelques petites structures, mais l’esprit reste le même : discret, vivant, loin des hordes.
Il n’y a pas de verrière comme dans les grands passages couverts parisiens. Pas de boutiques de souvenirs non plus. Juste cette allée pavée, ce parfum de terre et de feuilles, et ce sentiment bizarre d’être ailleurs. Franchement, après plusieurs heures sur un bateau à regarder la Seine défiler, ça fait un contraste assez magique. Comme si on avait jeté l’ancre dans un petit port secret au milieu de la ville.
L’histoire du passage de l’ancre et ce nom qui parle aux voyageurs en bateau
Le passage existe au moins depuis le XVIIe siècle. À l’époque, un certain Nicolas Sauvage y entreposait déjà les premiers fiacres publics de Paris, à l’enseigne de l’auberge Au Grand Saint-Pierre. L’enseigne représentait une ancre. D’où le nom Passage de l’Ancre Royale, devenu plus tard Ancre Nationale pendant la Révolution, avant de se stabiliser en Passage de l’Ancre.
Pour qui aime les voyages en bateau et les histoires d’ancres, c’est une petite coïncidence plutôt sympa. Pendant que votre croisière ou votre ferry jette l’ancre quelque part sur la Seine, vous venez visiter le passage de l’ancre. C’est presque poétique.
Au XXe siècle, le lieu a accueilli beaucoup d’artisans de la confection, dont une forte communauté juive. La rafle du Vel d’Hiv en juillet 1942 a tragiquement emporté la plupart d’entre eux. Le passage s’est alors un peu endormi. Il a fallu attendre 1998 pour qu’il renaisse avec ses couleurs et sa végétation actuelle. Une renaissance discrète, à l’image du lieu.
Conseils pratiques pour visiter le passage de l’ancre en voyage en bateau
Le meilleur moment ? Le matin tôt ou en fin d’après-midi, surtout au printemps quand les fleurs sont au maximum. Évitez les grosses chaleurs de l’été en plein midi, même si l’endroit reste frais grâce à toute cette verdure.
C’est une voie privée, donc on reste courtois : pas de musique forte, pas de pique-nique bruyant, pas de drone. Les gens qui travaillent là apprécient le calme. Prenez votre temps pour les photos, la lumière est souvent belle entre les façades colorées. Et si vous êtes en croisière organisée, glissez cette parenthèse dans votre journée libre : beaucoup de passagers reviennent en disant que c’était le moment le plus inattendu et le plus agréable de leur escale parisienne.
À deux pas, le Musée des Arts et Métiers vaut aussi le coup si vous aimez les machines et les inventions (il y a même des maquettes de bateaux et des instruments de navigation). Ensuite vous pouvez remonter vers le Marais pour un verre ou un bon repas avant de reprendre un bateau en fin de journée.
Pourquoi les amateurs de croisières et de ferries adorent cet endroit
Parce que c’est l’inverse total de ce qu’on vit sur l’eau. Sur la Seine, on avance, on regarde défiler les monuments, on profite du grand air et des reflets. Au passage de l’ancre, on s’arrête. On respire. On observe les détails. C’est une parenthèse verte et humaine qui donne tout son sens au reste du voyage.
Et puis franchement, ça fait toujours plaisir de raconter aux autres qu’on a trouvé ce petit coin caché dont personne ne parle dans les guides classiques. Un de ces secrets parisiens qui restent longtemps en mémoire, surtout quand on les découvre entre deux escales fluviales.
La prochaine fois que vous jetez l’ancre à Paris, poussez donc cette porte bleue. Vous verrez, le passage de l’ancre a ce petit quelque chose qui fait qu’on en reparle longtemps après être remonté à bord.