Vous montez sur le pont d’un ferry entre Marseille et Ajaccio, ou vous vous installez sur le balcon d’une croisière en Méditerranée. L’eau est calme, le vent vous fouette un peu le visage. Et puis, soudain, une dorsale grise qui glisse dans le sillage. Un dauphin. Ou deux. Ou toute une troupe. La plupart des passagers sortent leur téléphone. Moi, je me dis toujours que ce moment devient dix fois plus fort quand on sait un minimum ce qui se passe sous la surface.
C’est exactement là que la biologie marine entre en jeu. Pas besoin d’être chercheur pour s’y intéresser. Juste d’être curieux de ce qui vit vraiment dans ces eaux que l’on traverse en bateau.
Ce que la biologie marine étudie vraiment
La biologie marine, c’est l’étude des organismes et des écosystèmes liés à l’eau de mer. Du plancton microscopique qui forme la base de toute la chaîne alimentaire jusqu’aux baleines de 30 mètres. Elle s’intéresse aux algues, aux coraux, aux poissons, aux méduses, aux oiseaux marins, aux phoques… et à la façon dont tout ça interagit avec la lumière, la salinité, la température, les courants.
Ce qui la rend différente d’une simple « biologie classique », c’est le milieu. La pression énorme dans les profondeurs, le sel partout, l’absence de lumière en dessous de quelques centaines de mètres. Les espèces ont développé des adaptations complètement folles : des poissons qui produisent leur propre lumière, des vers qui vivent autour des sources hydrothermales sans jamais voir le soleil, des cétacés qui communiquent sur des dizaines de kilomètres.
Et puis il y a les écosystèmes côtiers que l’on frôle souvent en ferry ou en croisière : les herbiers de posidonie en Méditerranée, les forêts de varech en Atlantique, les estuaires où l’eau douce et salée se mélangent. Tout ça forme un réseau fragile. Quand un maillon saute (réchauffement, pollution, surpêche), tout le reste bouge.
La vie marine que vous pouvez vraiment voir depuis un bateau
Pas besoin de scaphandre. Depuis le pont d’un ferry ou d’une croisière, on observe déjà pas mal de choses si on sait où regarder.
En Méditerranée, le sanctuaire Pelagos (entre la France, Monaco et l’Italie) est l’un des meilleurs spots d’Europe pour les cétacés. Récemment encore, au large de Sanary, on notait des rorquals communs, des globicéphales noirs, des dauphins bleu et blanc par dizaines, parfois des cachalots. Ces animaux suivent souvent les routes maritimes parce que les courants y concentrent leur nourriture. Le truc, c’est qu’ils sont là toute l’année, mais avec des pics selon les saisons et les migrations.
En Bretagne et en Manche, ce sont plutôt les oiseaux marins qui volent en escorte : fous de Bassan qui plongent comme des flèches, sternes, goélands. Parfois des phoques ou des marsouins un peu plus discrets. Et même sans rien voir de spectaculaire, le plancton qui remonte la nuit ou après une tempête peut colorer l’eau ou créer ces fameuses bioluminescences quand on regarde par-dessus bord dans le noir.
Sur les croisières d’expédition, surtout avec des compagnies françaises comme Ponant, on va encore plus loin. Leur programme PONANT Science fait embarquer des biologistes marins et des océanographes pour de vraies missions, notamment en Arctique sur le Commandant Charcot. En 2024, une vingtaine de scientifiques ont même fait la traversée transarctique pour étudier l’évolution des écosystèmes polaires. Les passagers assistent parfois aux présentations du soir, et les données collectées servent vraiment à la recherche. C’est du concret, pas du gadget.
Pourquoi ça change la façon dont on voyage
Une fois qu’on a compris un peu de biologie marine, on ne regarde plus la mer de la même manière. On se demande pourquoi on voit des dauphins à tel endroit et pas à tel autre. On comprend que le bruit des hélices peut perturber les cétacés, que les plastiques ingérés par les tortues finissent dans la chaîne alimentaire, que le réchauffement décale les zones de reproduction des poissons et donc des oiseaux qui en dépendent.
Du coup, on choisit différemment ses voyages. On privilégie les périodes où les observations sont plus riches. On évite de jeter quoi que ce soit par-dessus bord. On soutient les compagnies qui participent à des programmes de recherche plutôt que celles qui se contentent de passer au large sans rien donner en retour. Et franchement, ça rend le voyage plus riche, plus respectueux, et souvent plus mémorable.
Les études en biologie marine, si l’envie vous prend
Beaucoup de gens qui adorent la mer finissent par se dire : « Et si je faisais ça plus sérieusement ? » Les formations existent, et en France on a des endroits particulièrement bien placés.
À Brest, l’Institut Universitaire Européen de la Mer (IUEM), rattaché à l’Université de Bretagne Occidentale, propose des masters en biologie marine avec des parcours orientés biologie fondamentale ou écosystèmes marins. C’est un des meilleurs spots d’Europe pour ça : les labos sont à deux pas des ports, des navires de recherche et des zones d’étude ultra riches. D’autres masters existent ailleurs (Sorbonne, Bordeaux…), et il y a même des programmes internationaux comme l’IMBRSea qui vous font voyager entre plusieurs pays.
Le chemin classique : bac scientifique, licence de biologie ou SVT, puis master spécialisé. Après, beaucoup font des stages sur des navires ou des campagnes océanographiques. Le terrain fait partie du métier.
Les biologistes marins, ils travaillent où (et souvent en mer)
Le cliché du chercheur en blouse blanche dans un labo existe, mais il est loin d’être le seul. Beaucoup de biologistes marins passent une bonne partie de leur temps sur l’eau : campagnes océanographiques sur les navires de l’Ifremer ou du CNRS, missions sur des bateaux d’expédition, suivis de populations de cétacés depuis des zodiacs, études d’impact pour des projets portuaires ou des compagnies de transport maritime.
D’autres travaillent dans des aquariums (Brest, La Rochelle, etc.), dans des associations de protection, comme guides naturalistes sur des sorties whale watching, ou dans des cabinets de conseil en environnement pour les acteurs du maritime. Le point commun ? La plupart ont choisi ce métier parce qu’ils voulaient rester en lien avec la mer, pas malgré elle.
Et oui, certains finissent même sur des navires de croisière ou d’expédition, à la fois pour faire de la recherche et pour transmettre aux passagers ce qu’ils observent. C’est un beau mélange entre science et voyage.
Un dernier conseil de quelqu’un qui organise des voyages en mer toute l’année
Si vous préparez votre prochaine traversée ou votre croisière, prenez juste cinq minutes pour regarder quelles espèces sont typiques de la zone que vous allez traverser. Ça coûte rien et ça change tout. Demandez à l’équipage s’ils ont des retours d’observations récentes. Et si l’envie vous titille vraiment, regardez du côté des croisières d’expédition ou des sorties accompagnées par des naturalistes : vous repartez avec des images, mais aussi avec une compréhension qui reste longtemps après.
La biologie marine, ce n’est pas un sujet à part. C’est la couche invisible qui rend chaque sortie en mer plus vivante, plus émouvante, et plus importante à préserver. La prochaine fois que vous embarquez, gardez un œil sur l’horizon… et un petit coin de cerveau sur ce qui se passe en dessous. Vous verrez, le voyage n’en sera que meilleur.